Par Emily Chung, présidente-directrice générale de l’Association des industries de l’automobile du Canada
Dans les grandes villes comme dans les petites collectivités partout au pays, la population canadienne veut pouvoir choisir où et comment dépenser l’argent qu’elle a durement gagné. Or, alors que le coût de la vie continue d’augmenter, cette liberté de choix s’effrite. Un rapport récent du Bureau de la concurrence du Canada, Vos données, votre contrôle, démontre que donner aux consommatrices et aux consommateurs le contrôle de leurs données n’est pas seulement une question technique — c’est une nécessité économique.
Le rapport du Bureau souligne la valeur considérable de la portabilité des données. En prenant comme étude de cas le secteur de l’assurance habitation, le Bureau estime que la portabilité des données pourrait permettre à la population canadienne d’économiser jusqu’à 3,83 milliards de dollars par année. Ces économies découleraient notamment d’une réduction des obstacles au changement de fournisseur et d’un abaissement des coûts d’entrée sur le marché pour les nouvelles entreprises.
Si la portabilité des données peut générer des économies de plusieurs milliards de dollars dans le secteur de l’assurance, l’application de ces mêmes principes au secteur automobile représente une prochaine étape incontournable.
Les véhicules modernes sont des ordinateurs sur roues et, à l’heure actuelle, les constructeurs automobiles contrôlent les données nécessaires à leur entretien et à leur réparation. Lorsque les constructeurs restreignent l’accès à ces données de diagnostic et de réparation, ils limitent le choix des consommatrices et des consommateurs. Cela force les conductrices et les conducteurs à délaisser leur atelier de réparation indépendant local de confiance au profit d’options offertes par les concessionnaires, souvent plus coûteuses.
Le coût de ce monopole sur les données est bien réel et mesurable. Les ateliers de réparation indépendants, qui représentent 80 pour cent du marché, permettent aux conductrices et aux conducteurs d’économiser beaucoup d’argent — jusqu’à 30 pour cent sur les réparations courantes par rapport aux concessionnaires. À l’inverse, les conductrices et les conducteurs contraints de s’adresser aux concessionnaires pourraient payer 460 dollars de plus par année en frais d’entretien.
Prenons l’exemple de Sally, une jeune mère en Saskatchewan rurale qui dépend de sa Toyota RAV4 2015. Son atelier de réparation indépendant local — une entreprise familiale de troisième génération — entretient son véhicule pour environ 1 750 dollars par année. Si cet atelier ne peut pas accéder aux données nécessaires pour réparer son véhicule, la seule solution pour Sally serait de se rendre chez un concessionnaire situé à une heure de route. En plus de frais d’entretien plus élevés, elle dépenserait 215 dollars supplémentaires par visite en carburant et subirait une perte de revenus. Pour la population rurale canadienne, qui dispose souvent de moins d’options de service à proximité, le manque d’accès aux données menace non seulement leur portefeuille, mais aussi leur mobilité.
Les répercussions se font également sentir chez les propriétaires de petites entreprises qui constituent l’épine dorsale de notre économie. Le secteur canadien de l’entretien et de la réparation automobiles contribue à hauteur de 44 milliards de dollars par année et soutient plus de 500 000 travailleuses et travailleurs. Toutefois, la perte d’une seule réparation par semaine en raison des restrictions d’accès aux données entraîne une baisse annuelle de 16 pour cent des profits pour les ateliers ruraux et de 9 pour cent pour les ateliers urbains. À l’échelle nationale, cela représente 336 millions de dollars en profits perdus chaque année.
Le Bureau de la concurrence du Canada a présenté une feuille de route pour mettre en œuvre de façon responsable un cadre de portabilité des données qui profite aux consommatrices et aux consommateurs et stimule la concurrence. Les données probantes sont suffisantes pour démontrer que les préoccupations liées à la sécurité des données peuvent être prises en compte, tandis que l’inaction risque de causer des dommages économiques irréparables.
Le droit à la réparation repose sur l’équité, l’abordabilité et la liberté de choix. Alors que 82 pour cent de la population canadienne estiment que les fabricants devraient être tenus de partager les données de réparation, le consensus est clair. Nous avons besoin dès maintenant d’un cadre national sur le droit à la réparation.
Emily Chung est la présidente-directrice générale de l’Association des industries de l’automobile du Canada
Cet article de l’AIA Canada a été publié initialement dans The Hill Times le 23 février 2026.