Nouveau Conseil des ministres à Québec : trois ministres à suivre de près pour notre industrie

Le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon a dévoilé son premier Conseil des ministres le 21 octobre, marquant le retour du Parti québécois au pouvoir après 12 années dans l’opposition. 

Le nouveau gouvernement entre en fonction alors que plusieurs enjeux touchent directement le secteur de l’entretien et de la réparation automobile, notamment la pénurie de main-d’œuvre, la formation professionnelle, l’immigration et la protection des consommateurs. Ces dossiers occupent une place importante dans les démarches menées par l’AIA Canada auprès du gouvernement québécois depuis plusieurs années. 

Trois nominations retiennent particulièrement notre attention : celles des ministres de la Justice, de l’Immigration et du Travail et de l’Emploi. Leurs responsabilités recoupent plusieurs priorités de l’association, dont l’application de la législation québécoise sur le droit à la réparation ainsi que le recrutement et la formation des travailleurs de l’industrie. 

Les principales nominations 

Ministre de la Justice 

Marie-Claude Sarrazin — Députée de Groulx 

Marie-Claude Sarrazin fait son entrée en politique provinciale après une carrière de près de 25 ans dans le domaine juridique. Diplômée en droit de l’Université de Montréal et membre du Barreau du Québec depuis 2002, elle a exercé principalement en litige civil, commercial et disciplinaire. 

Elle a été associée directrice du cabinet Sarrazin+Plourde et a conseillé plusieurs institutions publiques, dont des universités et des sociétés d’État. Elle a également agi comme procureure de la Commission Gallant, chargée d’enquêter sur le projet SAAQclic, et présidé le conseil d’administration de SOQUIJ de 2018 à 2025. 

Sa nomination est pertinente pour l’AIA Canada en raison du travail de l’association sur le dossier du droit à la réparation. Le Québec a adopté en 2023 une loi renforçant les droits des consommateurs en matière de réparation de biens, notamment les véhicules automobiles. Les principales dispositions réglementaires sont entrées en vigueur le 5 octobre 2025. 

Le ministère de la Justice intervient dans les aspects juridiques de ce cadre législatif. Pour l’AIA Canada, l’enjeu sera de veiller à ce que la loi soit appliquée efficacement et que les réparateurs indépendants puissent obtenir les données, logiciels, outils de diagnostic et renseignements techniques nécessaires à l’entretien et à la réparation des véhicules modernes. 

Vice-première ministre et ministre de l’Immigration et de l’Intégration 

Catherine Gentilcore — Députée de Terrebonne 

Catherine Gentilcore a été élue pour la première fois à l’Assemblée nationale lors de l’élection partielle de mars 2025. Avant son entrée en politique, elle a occupé des postes de direction au Devoir et à l’Opéra de Montréal, en plus d’avoir été présidente-directrice générale de Numana, un organisme spécialisé dans les technologies numériques. 

Elle a également été présidente du Parti québécois. En plus de l’Immigration, elle occupe les fonctions de vice-première ministre, de leader parlementaire du gouvernement et de ministre responsable de l’Accession du Québec à l’indépendance, ce qui lui confère un rôle important au sein de la nouvelle administration. 

L’immigration sera un dossier majeur pour le gouvernement. Le Parti québécois s’est engagé à réduire les seuils d’immigration, notamment en visant environ 35 000 résidents permanents par année et une diminution importante du nombre de résidents temporaires au cours de son mandat. 

Ces orientations préoccupent les employeurs qui éprouvent déjà des difficultés à recruter des travailleurs qualifiés. Pour l’AIA Canada, l’accès à la main-d’œuvre étrangère et la rétention des employés déjà établis au Québec demeurent des priorités. L’association a notamment demandé une accélération du traitement des dossiers d’immigration et des mesures permettant de retenir les travailleurs arrivés au Québec dans le cadre du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). 

Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale 

Mathieu Lebrun — Député de Rousseau 

Mathieu Lebrun possède une longue expérience en relations de travail et en médiation. Il est titulaire d’un baccalauréat en relations industrielles de l’Université de Montréal et d’une maîtrise en droit de l’Université de Sherbrooke. 

Depuis 2021, il occupait le poste de médiateur-conciliateur en chef au ministère du Travail du Québec. Auparavant, il avait travaillé pendant neuf ans comme médiateur-conciliateur dans les secteurs public et privé. Il a également œuvré au service des relations de travail de la Sûreté du Québec de 2002 à 2012. 

Son parcours lui donne une connaissance concrète des relations de travail et des enjeux du marché de l’emploi. Il prend maintenant la responsabilité d’un ministère particulièrement important pour les entreprises qui peinent à recruter. 

Pour l’AIA Canada, Mathieu Lebrun sera un interlocuteur à privilégier sur les questions de développement de la main-d’œuvre, de formation professionnelle et de métiers spécialisés. Ces enjeux prennent d’autant plus d’importance que les ateliers doivent composer avec une pénurie de techniciens et des technologies automobiles en constante évolution. 

Les principaux dossiers de l’AIA Canada au Québec 

L’AIA Canada a présenté plusieurs recommandations au gouvernement québécois, notamment dans le cadre des consultations prébudgétaires 2026-2027. Les priorités de l’association portent principalement sur la pénurie de main-d’œuvre, la formation, l’immigration et l’application de la législation sur le droit à la réparation. 

Droit à la réparation et protection des consommateurs 

L’adoption de la loi québécoise sur le droit à la réparation a constitué une avancée importante pour le secteur de l’entretien et de la réparation automobile. Maintenant que les principales dispositions réglementaires sont en vigueur, il faut s’assurer qu’elles produisent les résultats attendus. 

Les réparateurs indépendants doivent pouvoir accéder aux renseignements, logiciels, outils de diagnostic et données des véhicules nécessaires à leur travail. Sans cet accès, les consommateurs risquent de voir leurs choix limités et leurs coûts de réparation augmenter. 

L’AIA Canada a notamment demandé une augmentation du financement de fonctionnement de l’Office de la protection du consommateur (OPC), qui a hérité de responsabilités supplémentaires avec l’entrée en vigueur de la nouvelle législation. 

L’association poursuivra ses démarches auprès des autorités concernées pour s’assurer que la loi atteint ses objectifs. La nouvelle ministre de la Justice sera une interlocutrice pour les questions juridiques, en parallèle des échanges avec les organismes directement responsables de la protection des consommateurs. 

Immigration et accès à la main-d’œuvre qualifiée 

Le recrutement demeure un défi majeur pour les entreprises du secteur. Plusieurs ateliers, particulièrement à l’extérieur des grands centres, ont de la difficulté à trouver des techniciens et d’autres employés qualifiés. 

L’immigration a permis à certains employeurs de combler une partie de leurs besoins. L’AIA Canada a recommandé d’accroître la capacité de traitement des dossiers au ministère de l’Immigration afin de réduire les délais et de faciliter le recrutement et l’intégration des travailleurs étrangers. 

L’association a également demandé des mesures pour favoriser la rétention des travailleurs arrivés au Québec dans le cadre du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Les entreprises qui ont investi dans le recrutement et la formation de ces employés ont besoin de davantage de prévisibilité quant à leur possibilité de demeurer dans la province. 

La volonté du nouveau gouvernement de réduire les seuils d’immigration devra être suivie attentivement. L’AIA Canada entend faire valoir les besoins particuliers du secteur de l’entretien et de la réparation automobile afin qu’ils soient pris en compte dans les décisions à venir. 

Formation professionnelle et recrutement 

Les défis de l’industrie ne se limitent pas au recrutement. Avec la complexité croissante des véhicules, les techniciens doivent régulièrement mettre leurs connaissances à jour, notamment en matière de motorisation électrique, de batteries, de diagnostic et de systèmes électroniques. 

L’AIA Canada a demandé un financement supplémentaire pour le programme Compétences VÉ ainsi que son maintien dans toutes les régions du Québec. Ce programme permet aux professionnels de l’industrie d’acquérir les compétences nécessaires à l’entretien et à la réparation des véhicules électriques. 

L’association a également proposé une aide financière destinée aux nouveaux travailleurs pour l’achat ou la location d’outils professionnels, dont le coût représente souvent un obstacle important en début de carrière. 

L’amélioration des programmes de diplôme d’études professionnelles (DEP) dans les métiers de l’automobile fera aussi partie des priorités. L’AIA Canada souhaite travailler avec le gouvernement, les établissements d’enseignement et les employeurs pour que les programmes répondent davantage aux besoins actuels de l’industrie. Cela passe notamment par une mise à jour des contenus de formation, une plus grande place accordée à l’apprentissage pratique et une meilleure préparation des étudiants aux technologies utilisées dans les ateliers. 

L’AIA Canada a également recommandé la mise en place d’une campagne provinciale de promotion des métiers de l’automobile auprès des jeunes afin d’encourager davantage d’étudiants à choisir cette voie. 

Ces dossiers feront partie des discussions à entreprendre avec le ministre Lebrun et son équipe. 

Relève entrepreneuriale et ateliers indépendants 

La relève entrepreneuriale représente un autre défi pour le secteur. Plusieurs propriétaires d’ateliers indépendants approchent de la retraite, et il n’est pas toujours facile de trouver quelqu’un pour reprendre leur entreprise. 

L’AIA Canada a recommandé un soutien particulier à Repreneuriat Québec afin de développer des initiatives adaptées aux métiers de l’automobile. 

Faciliter l’acquisition d’ateliers existants par de nouveaux entrepreneurs permettrait de soutenir la pérennité des entreprises et de maintenir l’accès aux services de réparation, particulièrement dans les petites communautés. 

Ce dossier pourrait être abordé avec le ministre du Travail et de l’Emploi, de même qu’avec les autres ministères et organismes de développement économique concernés par la relève entrepreneuriale. 

Prochaines étapes 

La nomination des équipes ministérielles et la publication des lettres de mandat au cours des prochaines semaines permettront de mieux connaître les orientations du nouveau gouvernement. 

De notre côté, voici la feuille de route : 

  • Pour l’AIA Canada, la première étape consistera à établir des contacts avec les cabinets des ministres de la Justice, de l’Immigration et du Travail et de l’Emploi. Ces échanges permettront de présenter les priorités de l’association et de poursuivre le travail déjà amorcé avec le gouvernement précédent. 
  • Le dossier de l’immigration demandera une attention particulière compte tenu des intentions annoncées par le gouvernement. L’AIA Canada voudra s’assurer que les besoins de main-d’œuvre de l’industrie sont bien compris et pris en considération. 
  • En matière de formation, les discussions porteront notamment sur le financement de Compétences VÉ, l’amélioration des programmes de DEP en automobile, l’aide à l’achat d’outils professionnels et les efforts pour attirer davantage de jeunes vers les métiers du secteur. 
  • L’association continuera également de suivre l’application de la législation sur le droit à la réparation et de maintenir ses échanges avec les autorités chargées de sa mise en œuvre. 

Nos recommandations prébudgétaires serviront de point de départ pour structurer nos démarches au Québec au cours des prochains mois. Nous vous tiendrons au courant de l’évolution de ces dossiers. 

Pour toute question supplémentaire, veuillez communiquer avec Emily Holtby, vice-présidente, relations gouvernementales, à Emily.holtby@aiacanada.com.

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